Après avoir débuté en cuisine et en salle, j'ai passé 3 ans comme commercial chez l'un des leaders français de la caisse sur iPad. Le leasing, je l'ai moi-même proposé à des restaurateurs, et j'ai vu l'envers du décor quand certains voulaient en sortir : un changement de logiciel, une fermeture, un service qui ne suivait plus. Aujourd'hui indépendant, je vous explique sans langue de bois ce que vous pouvez faire, et ce qu'il vaut mieux éviter.

En bref : en principe, un contrat de leasing de caisse ne se résilie pas avant son terme sans payer les loyers restants, souvent avec une indemnité en plus. Mais il existe des recours dans certains cas : quand l'éditeur de caisse ne remplit pas ses obligations, quand le contrat a été signé dans votre établissement sans les bonnes informations, ou quand un nouvel éditeur accepte de racheter votre contrat. Voici ce que j'ai vu sur le terrain, et ce qu'il faut savoir.
À noter : je ne suis pas avocat. Cet article donne des pistes générales issues de mon expérience et de la jurisprudence publique. En cas de litige, faites-vous accompagner par un professionnel du droit.
Le leasing est devenu la norme dans le monde de la caisse enregistreuse. Pendant trois ans sur le terrain, j'ai souvent vu des restaurateurs vouloir changer de logiciel, ou fermer leur établissement, et se retrouver bloqués par leur contrat de financement.
Pour comprendre pourquoi, il faut savoir qu'un leasing de caisse fait intervenir trois acteurs :
Vous payez vos mensualités au bailleur, pas à l'éditeur. Et c'est là que tout se complique quand vous voulez arrêter.

En principe, non, pas sans payer. Pour mettre fin au contrat avant son terme, il faut en général régler la totalité des loyers restants, souvent majorés d'une indemnité de résiliation prévue au contrat.
Exemple concret : vous avez signé un leasing à 100 € par mois sur 48 mois, il y a un an. Il vous reste donc 36 mois à payer :
Relisez les conditions générales de votre contrat : c'est là que figurent le montant exact de l'indemnité et les conditions de résiliation.
Si vous voulez résilier, c'est souvent que quelque chose ne va pas : des bugs à répétition, un support injoignable, des promesses non tenues. Le réflexe naturel est d'appeler votre commercial pour qu'il fasse annuler le leasing.
Malheureusement, dans la grande majorité des cas, il ne pourra pas le faire de lui-même. Le bailleur est une société distincte, qui a payé le matériel et attend d'être remboursée. Le commercial peut parfois négocier un geste ou trouver une solution, mais il n'a pas le pouvoir d'annuler le financement.
En revanche, comme on va le voir, les manquements de l'éditeur peuvent avoir des conséquences sur le leasing. C'est le recours le plus important à connaître.
C'est tentant : bloquer les prélèvements parce que l'éditeur ne répond plus, parce qu'il y a trop de bugs, ou simplement parce que vous fermez. C'est une mauvaise idée.
Concrètement, voici ce qui se passe le plus souvent :
Vous risquez aussi d'avoir beaucoup plus de mal à obtenir un nouveau financement par la suite, pour une caisse ou pour autre chose. Et surtout, en arrêtant de payer, vous vous mettez en tort, ce qui affaiblit votre position si vous avez un vrai reproche à faire à l'éditeur.
Il n'y a pas de remède magique, mais il existe plusieurs pistes sérieuses selon votre situation.
C'est le recours le moins connu et le plus important. Depuis 2013, la Cour de cassation considère que les contrats signés ensemble dans une opération incluant une location financière (le contrat avec l'éditeur et le leasing) sont interdépendants. Les clauses du contrat qui prétendent le contraire sont réputées non écrites.
La conséquence est majeure : si le contrat avec l'éditeur disparaît (résiliation ou résolution pour manquement), le leasing peut tomber avec lui. Des tribunaux l'ont déjà appliqué à des systèmes de caisse.
Attention, ce n'est pas automatique. La démarche suit généralement ces étapes :
Cette voie demande de la rigueur et, souvent, un avocat. Continuez à payer pendant la procédure, sauf avis contraire de votre conseil.
Si vous avez signé dans votre établissement (et non chez l'éditeur ou à distance), et que votre entreprise compte 5 salariés ou moins, vous pouvez dans certains cas bénéficier du droit de rétractation de 14 jours prévu par le code de la consommation, comme un particulier.
Ce délai peut être prolongé jusqu'à 12 mois si l'on ne vous a pas correctement informé de ce droit, par exemple sans formulaire de rétractation joint au contrat. Des tribunaux ont annulé des contrats de location financière pour cette raison.
Mais c'est un terrain disputé :
C'est donc une piste à faire vérifier par un professionnel, pas une solution garantie.
Si vous voulez partir à la concurrence, demandez à votre nouvel éditeur s'il peut racheter votre contrat existant ou prendre en charge une partie du solde. Ce n'est pas systématique et cela dépend du montant restant, mais certains le proposent pour gagner un client. Ça vaut toujours le coup de poser la question, et c'est un bon argument de négociation.
En cas de cession de votre fonds de commerce, le contrat de leasing peut être transféré au repreneur, avec l'accord du bailleur. Pensez à l'intégrer dans les négociations de vente : un repreneur qui garde la caisse en place y a souvent intérêt.
En cas de fermeture avec procédure collective (redressement, liquidation), le sort du contrat dépend de la procédure : parlez-en directement à votre mandataire ou à votre avocat.
Si l'indemnité de résiliation prévue au contrat est manifestement excessive, elle peut être réduite par le juge. Avant d'en arriver là, une négociation directe avec le bailleur est toujours possible, surtout si vous proposez de solder rapidement.
C'est un point que beaucoup de restaurateurs découvrent trop tard : de nombreux contrats de leasing se prolongent automatiquement à leur terme si vous ne les dénoncez pas à temps.
Pour l'éviter :
Notez la date dans votre agenda dès la signature : c'est le conseil le plus simple et le plus rentable de cet article.
Le leasing est surtout répandu chez les acteurs historiques du service à table et chez les distributeurs qui vendent la caisse avec le matériel :
À l'inverse, Lightspeed et Zelty fonctionnent plutôt en abonnement logiciel avec achat du matériel, et SumUp ou Square sans engagement.
Les offres évoluent régulièrement et dépendent souvent du devis : demandez toujours si une formule sans leasing existe, et comparez le coût total sur la durée.
Le meilleur recours reste de ne pas se faire piéger. Avant de signer, posez ces questions :
Et comparez toujours avec l'option abonnement plus achat du matériel : plus chère au départ, mais beaucoup plus libre. Pour comparer les solutions et leurs modèles de contrat, consultez notre guide complet pour choisir sa caisse enregistreuse
Retrouvez ci-dessous les réponses aux questions les plus fréquentes posées par les restaurateurs sous contrat de leasing.
En principe, non. La résiliation anticipée implique généralement de payer les loyers restants et une indemnité. Des exceptions existent, notamment quand le contrat avec l'éditeur disparaît pour manquement, ou quand le droit de rétractation s'applique.
Oui, en attendant. Arrêter de payer vous met en tort. Constituez plutôt un dossier, mettez l'éditeur en demeure par lettre recommandée, et faites-vous conseiller : les manquements de l'éditeur peuvent, sous conditions, entraîner la fin du leasing.
Le contrat continue en principe de courir. En cas de vente du fonds, il peut être transféré au repreneur avec l'accord du bailleur. En cas de procédure collective, voyez avec votre mandataire.
C'est possible : certains éditeurs reprennent tout ou partie du solde pour vous faire changer de caisse. Ce n'est pas systématique, mais la question mérite toujours d'être posée.